Et si nous étions les oubliées de la République ? Et si la République elle-même avait, en définitive, du mal, dans son histoire et son panthéon, à asseoir la place de ses anciennes colonies ?

Par les mots que nous poserons sur des maux encore trop prégnants et sans doute béants, nous voulons nous faire les porte-voix de chacune de ces Femmes de chacun des territoires des Outre-mer pour faire écho aux appels à cor et à cri, de toutes ces Femmes Diverses, différentes et si fondamentalement UNE(s).

Et si nous étions ces femmes françaises à part entière, mais souffrant d'être dispersées de la Caraïbe au Pacifique Sud, au point d’en être effacées ? Et si nous n'étions que ces oubliées de la République, nous qui sommes en quête d’une profonde et sincère unité dans la diversité ? Les bordures côtières de nos territoires ne permettent-elles pas à la France de bénéficier d’une ouverture sur l’espace monde, constituant ainsi une de ses plus grandes richesses ? Pourquoi des tels écarts dans la construction farouche d une soit-disant égalité ?

Quelle vision pour cet idéal du vivre-ensemble ? Quand pourrons-nous enfin vivre la cohabitation des cultures au sein de la République? Cela paraît difficile quand on voit combien les filles et les femmes d’aujourd’hui subissent d’autant plus de violences qu’elles sont dans des territoires vus comme périphériques. Malgré de très nombreuses avancées, la République ne considère pas tous ces enfants avec la même considération et ce sont les plus éloignés qui en pâtissent.

Peut-être que nos identités plurielles effraient ! Face aux chiffres alarmants de la violence dans les Outre-mer, combien de temps continuera-t-on à nous voir comme des sauvages ou, à l’inverse, comme des enfants « pourris gâtés » ? Pendant combien de temps encore les souffrances des femmes ultramarines resteront-elles sous-évaluées ?

Or l’étude 2017 du Conseil Économique Social et Environnemental montre que les femmes des Outre-mer subissent plus de violences qu’en métropole. A titre d’exemple, quand 2,3% des habitantes de l’Hexagone ont été victimes d’agressions physiques par leurs (ex-) conjoints durant les 12 derniers mois, ce taux s’élève 17% en Polynésie Française et à 19% en Nouvelle-Calédonie. En revanche, la Réunion et la Martinique affichent des taux proches de ceux de la métropole, à savoir environ 5%. Comment expliquer alors l’absence des Outre-mer dans la loi 3 août 2018 renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes ?

À quoi bon rappeler, lors des conclusions des Assises des outre-mer, en juin dernier, l’enracinement de l’Outre-mer, au cœur de la République, à travers l’imaginaire puissant de l’archipel France, si cette proclamation n’est pas suivie d’effets ?

Sommes-nous donc réellement les oubliées de la République ? Devons-nous reconsidérer la place laissée aux territoires ultramarins au sein des représentations républicaines traditionnelles ? Qu’en est-il de cette République que l’on dit pourtant Une et Indivisible ?

Par ces premières assises nationales des violences faites sur les Jeunes Filles et les Femmes dans les Outre-mer, nous entendons prendre pleinement part à la construction de cet idéal républicain qui passe par la lutte implacable contre toute forme de violence faite aux femmes et aux jeunes filles, ici , ailleurs, et en Outre-mer. Nous n’avons d’autre choix que d’être déterminés à être la voix de toutes ces femmes inaudibles, la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche (Aimé Césaire)